Portant sur l’impact de la non-reconnaissance des acquis et des compétences des femmes immigrantes, une recherche-action réalisée par Action travail des femmes aura permis de comprendre les lacunes et les failles des programmes d’employabilité, d’identifier les obstacles rencontrés par les femmes immigrantes dans leur parcours en reconnaissance des acquis et compétences obtenus à l’étranger et, ainsi, d’identifier leurs besoins en la matière.
Les données exposent très clairement la grande pauvreté et la situation précaire des femmes immigrantes diplômées à l’étranger. Aussi, les services — notamment d’information et de formation — mis en place pour assister les personnes immigrantes et diplômées hors du Canada dans la poursuite de leurs démarches en reconnaissance des acquis et des compétences pour, ultimement, accéder à un emploi qualifiant, ne permettent pas de répondre adéquatement aux besoins des femmes immigrantes et titulaires de tels diplômes.
Parmi les difficultés soulevées par les femmes qui apparaissent comme un frein à leur pleine intégration socio-économique, on notera :
• L’inadéquation des traitements que leur réserve les intervenant-es ou agent-es d’emploi dans la prestation des services, les agent-es faisant généralement peu ou pas de différence entre la clientèle scolarisée et celle qui est non scolarisée.
• Les représentations empreintes de préjugés qu’ont les agentes d’accueil et d’orientation de certains groupes de femmes immigrantes. Certaines agentes font souvent fi des diplômes universitaires des femmes dans les emplois qu’elles leur proposent.
• La formation, dite manquante et prescrite par les évaluateurs, viserait plutôt à les rediplômer, alors que ces femmes détiennent déjà des diplômes sur la base desquels elles ont été sélectionnées au départ. Pour les répondantes de la recherche, même s’il leur importe de procéder à une mise à niveau de leurs connaissances et de leurs compétences, ce n’est pas uniquement dans les institutions d’enseignement qu’elles considèrent pouvoir l’acquérir.
Pour contrer les obstacles qu’elles rencontrent en vue de faire reconnaître leurs acquis et leurs compétences acquises à l’étranger, les femmes ont vivement exprimé la nécessité d’interventions qui les cibleraient directement et qui tiendraient compte de l’intersectionnalité des discriminations auxquelles elles sont confrontées. C'est un élément crucial pour qu’elles puissent non seulement faire reconnaître leurs acquis et leurs compétences obtenues à l’étranger, mais également pour s’assurer l’accès à un emploi qualifiant en lien avec leur domaine de formation et de compétence. C’est ce qui a incité ATF à passer de la recherche à l’action en initiant la phase II de cette recherche, à savoir une intervention destinée spécifiquement aux femmes immigrantes diplômées à l’étranger en parcours de reconnaissance des acquis et des compétences.
En effet, bien qu’elles soient désillusionnées quant à un système qui leur promettait tout, mais qui, en réalité, les a vulnérabilisées et exposées à l’exclusion, se sentant désarmées et impuissantes devant un avenir qu’il leur faut pourtant construire, les femmes immigrantes sont néanmoins animées d’une volonté ferme de se réapproprier leur vie.

